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L’extraordinaire business de la sexualité et de l’orgasme féminin

Qu’est-ce qui rapporte plus que le cul? Pas grand chose. Bien que le business du porno ou de la vente de sex-toys soit florissant, le sexe pourrait être encore plus lucratif s’il envahissait la sphère publique, s’il pouvait être un sujet que l’on aborde autour du poulet frites de mamie le dimanche.

Chez Point.Q, nous sommes ravi.e.s que la sexualité, le plaisir ne soient plus (moins) tabous. Néanmoins, de ces belles avancées ont émergés de nombreuses pratiques et mouvements dangereux.

Dans notre société, la sexualité n’est pas toujours positive, bien au contraire. Elle est souvent vue comme un problème et parfois même une maladie que l’on doit subir, soigner. Mais à quels coûts?

Le sexe, notamment chez les personnes reconnues comme femmes ou étant pourvues d’un vagin (que l’on nommera “femmes” dans la suite de cet article), est teinté de honte. Qui de mieux que les femmes pour subir l’extraordinaire pression de l’être et du paraître? “Tu jouis trop - pas assez - tu jouis mal. Tu aimes trop le sexe - pas assez. Tu es trop bonne au lit, c’est suspect. Tu n’es pas assez bonne au lit, tu es frigide.”

Ces injonctions sur ce que devrait être la sexualité et l’orgasme féminin se transforment alors en business juteux.

Dans cet article, vous découvrirez qu’au fil des années, des siècles, le plaisir féminin a toujours été sujet à discussion. Parfois il fait peur, toujours il questionne.

À quel moment la bienveillance et l’entraide se transforment en marché juteux?

La pilule contraceptive 

J’insiste ! La pilule contraceptive a été un game changer pour les femmes. Elle a participé à une libération sexuelle en leur permettant de prendre le contrôle de leurs corps, de se le réapproprier. Elle a réduit de manière significative le nombre d’avortements et donc des risques physiques et psychologiques qui l’accompagne.

Revenons sur sa petite histoire.

Selon Wikipédia :

“L'idée de la pilule a été lancée par Margaret Sanger, infirmière, et Katharine McCormick, biologiste. En 1950, elles proposent à l'endocrinologue Gregory Pincus de financer des travaux pour la mise au point d'une hormone synthétique contraceptive.[...] Les recherches sur l'utilisation des hormones sexuelles dans le domaine de la reproduction sont toutefois exclusivement menées en vue de résoudre des problèmes d'infertilité ou de dérèglements menstruels, jamais dans une perspective contraceptive.” 

Il était en effet admis que la pilule pouvait “bloquer l’ovulation le temps du traitement et de faire ensuite un effet « rebond » permettant une ovulation et donc une grossesse.”

Il faut patienter jusqu’au 9 mars 1961 pour que la pilule soit (officiellement) utilisée comme moyen de contraception aux Etats-Unis. En France, c’est la loi Neuwirth en 67 qui autorise l’usage des contraceptifs. Mais son application est extrêmement lente et c’est seulement en 1974 que la prise de pilule est légalisée.

Il faudra attendre 1999 pour que la publicité de la pilule contraceptive soit possible.

(images issues du court métrage : Molly Grows Up)

Cette victoire pour la liberté des femmes s’accompagne malheureusement de traits plus négatifs.

Prenons les effets secondaires. S’ils sont négligeables selon certaines études scientifiques, de nombreuses personnes prenant la pillule se plaignent (entre autres) de maux de tête, prise de poids, baisse de libido. Pire, son ingestion à long terme entraîne des dangers pour la santé.

La pilule contraceptive rapporte, il vous suffit de (très grossièrement) multiplier le prix d’une plaquette (remboursée ou non) avec le nombre de femmes qui en consomment. Depuis les années 70, de grands groupes pharmaceutiques dominent le marché de la contraception orale. 

Doit-on pour autant renier le bénéfice de la pilule dans la vie des femmes? Je ne crois pas.

Mais nous pourrions espérer que des contraceptifs alternatifs et moins dangereux seraient davantage mis en avant.

Il est certain que les inconforts que provoque la pilule ouvrent un nouveau marché. Ces effets secondaires demandent à être traités et donc engendrent la prise de nouveaux médicaments. 

Orgasm Inc

Maintenant que la pilule a créé de nombreux problèmes au niveau de la santé et de la libido des femmes, il serait temps de soigner tout ça.

Avez-vous déjà entendu parler du FSD (Femal sexual dysfonction) : le dysfonctionnement sexuelle féminine ? Ce sont les troubles que peut rencontrer une femme tout au long de sa sexualité. C’est un terme médical qui fait peur mais qui veut tout et rien dire.

Aujourd’hui, la médecine parle de Female sexual arousal disorder, en français : trouble de l’excitation sexuelle chez la femme. La dernière édition du DSM qui est le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux aux États-Unis diagnostique cette maladie lorsque la patiente répond à 3 de ses 6 critères :

  • Intérêt absent ou réduit pour l'activité sexuelle
  • Pensées ou fantasmes sexuels absents ou réduits
  • Aucune activité sexuelle ou une activité sexuelle réduite, et généralement insensible aux tentatives d’initiation d’un partenaire
  • Excitation ou plaisir sexuels absents ou réduits dans presque toutes ou toutes les rencontres sexuelles
  • Diminution de l'intérêt pour le sexe, même lorsqu'ils sont exposés à des stimuli érotiques
  • Sensations génitales ou non génitales absentes ou réduites pendant l'activité sexuelle dans toutes ou presque toutes les rencontres sexuelles

Ses symptômes doivent durer depuis au moins 6 mois et sont parfois soignés à l’aide de médicaments. 

Pourtant, vous en conviendrez, ces critères répondent à de nombreux facteurs extérieurs qui ne peuvent être réglés par la prise d’hormones (qui est le traitement le plus donné en cas de FSD).

Qu’en est-il de la fatigue ? De la dépression ? De la maternité ? De l’âge ? De potentiels traumas ? Tous ces éléments influencent de manière significative la libido et certains vont et viennent, sans que cela ne nécessite une quelconque médication.

Si aujourd’hui la médecine est pluridisciplinaire, qu’il est (plus ou moins facile) de passer de gynécologue à psychiatre, il reste toujours un marché florissant de pilules et patchs en tout genre, promettant une réponse rapide à des maux compliqués et longs à traiter.

C’est ce que dénonce Orgasm Inc, reportage datant de 2009 (que je n’ai malheureusement trouvé qu’en anglais), traitant des abus de l’industrie pharmaceutique, sous couvert d’améliorer la sexualité des femmes.

Comme s’il suffisait de répondre aux difficultés communes que peuvent ressentir les femmes dans leurs vies sexuelles en les abordant comme une maladie. En transformant des gens sains en patient⋅e⋅s.

Mais les médicaments ne sont pas la réponse à tout et s’ils sont parfois nécessaires, ils peuvent, au contraire, être contre-productifs, voir dangereux. 

Les premiers traitements dont parle le reportage sont nés suite à l’énorme succès qu’a rencontré le viagra. Produit miracle pour les hommes, il devrait être facile de le reproduire pour les femmes.

Voici une pensée simple et vendeuse. Mais malheureusement fausse.

Parce que le désir sexuel est aussi une question de contexte. Et bien que la médecine ait du mal à l’intégrer, tout ne doit pas être vu par le prisme de la sexualité masculine, par le plaisir de l’homme.

Voici que l’on propose aux femmes des médicaments, patchs hormonaux. Les résultats ne sont pas concluants? Alors essayons la sex-surgery ! De la photobiomodulation au laser vaginal, rien n’est laissé au hasard. 

Si vous êtes curieux⋅se, tapez dans votre barre de recherche “rejuvenation vulvaire”. Je ne m'attarde même pas sur le site de Femme Actuelle qui titre “La réjuvénation vaginale, le must anti-sécheresse ?”. Ça vous coûte plus cher qu’un maillot mais c’est fancy.

Concentrons-nous sur Magic Maman, qui nous vend le rajeunissement vulvo vaginal après une grossesse en ces termes :

(à partir de) Deux à trois mois après l’accouchement : petite incontinence urinaire, même avec la rééducation du périnée... Et si votre gynécologue-obstétricien pouvait vous apporter une solution concrète à ce problème dérangeant, qui rajoute du stress, d'autant plus si vous traversez une période de baby blues.

Bingo, jackpot, carton plein ! Ce “problème dérangeant, qui rajoute du stress” n’existait sûrement pas chez la jeune maman avant de tomber sur cet article. 

Parce qu’il faut attendre 6 à 8 semaines pour commencer la rééducation du périnée après un accouchement et que la durée de la rééducation est d’environ 1 mois, les calculs sont pas bons Kévin !

Magic Maman vous propose des sondes dans le vagin plutôt que du repos, en proposant un traitement qui va à l’encontre des recommandations des obstétriciens.

Vous me direz que c’est moins vendeur de titrer son article “Comment foutre la paix aux femmes après leurs grossesses.”

Pourtant les risques sont importants et de nombreux médecins tirent la sonnette d’alarme quant aux dangers de ces opérations trop bien marketées mais pas assez réfléchies. Il y a des risques de brûlure, de cicatrices entraînant des douleurs pendant les rapports sexuels. De quoi créer de vrais problèmes là ou il n'y en avait pas auparavant.

L’actrice Jada Pinkett Smith parle dans son talk-show des bienfaits du rajeunissement vaginal :

“My yoni is like a 16-year-old — I’m not kidding. It looks like a little beautiful peach.” 

“Mon yoni (terme désignant le vagin) à l’air d’avoir 16 ans, je ne plaisante pas. Il ressemble à une jolie petite pêche.”

Tranquillement, elle perpétue l’idée qu’il n’est pas possible pour une femme de vieillir sereinement et de ne pas avoir honte de son corps lorsque le temps fait son oeuvre.

Attention, je ne diabolise pas la médecine et ne prétend pas qu’il faut systématiquement refuser tout traitement médicamenteux. Ils sont parfois nécessaires et salvateurs.

Mais il ne faut pas oublier que c’est par la communication, la réflexion, en comprenant son propre corps que l'on arrive aussi à (re)trouver du plaisir en tant que femme.

C’est cette prise de conscience qui a fait éclore de nombreuses méthodes alternatives depuis quelques années. Excellente nouvelle me direz-vous ! Mais, encore une fois, des pratiques dangereuses et coûteuses ont profité du créneau.

Les dangers du feel good (The Goop Lab) 

Ici il ne s’agit plus de médicaments mais le fonctionnement reste le même. Créer de nouveaux besoins en utilisant de nouveaux complexes. 

Pour illustrer mon propos, je prendrai l’exemple de Gwyneth Paltrow avec la création de son site “Goop” ainsi que sa mini-série sur Netflix “The Goop Lab”. 

Madame Paltrow s’intéresse à nombre de sujets permettant (notamment aux femmes) de casser les tabous sur la sexualité et d’en apprendre plus sur elles-mêmes. De se redécouvrir. Et si c’est tout à son honneur et que l’on peut y trouver de bons conseils, de belles idées, il est plus qu’important de séparer le bon grain de l’ivraie (cette expression vous est offerte par l’Amical des supercentenaires français.)

Gwyneth Paltrow est connue pour ses prises de position controversées quand il s’agit du bien-être. C’est bien elle qui nous a proposé le sauna vaginal, dangereuse pratique qui au mieux maltraite les gentilles bactéries présentes dans le vagin, et au pire, peut occasionner des brûlures.

Je rappelle que le vagin est autonettoyant. Pas la peine de la maltraiter à coup de karsher.

 

Dans sa chasse aux bons plans du feel good, Gwyneth nous présente Betty Dodson, artiste, auteure et éducatrice sexuelle. Betty organise des Bodysex Workshops, ce sont des ateliers qui proposent aux femmes de se réapproprier leurs corps en travaillant sur le plaisir et l’orgasme. 

Le déroulement d’un atelier se fait ainsi : les femmes s’installent nues en cercle et observent ensemble leurs vulves. Puis toujours en cercle, elles se masturbent, profitant de cette énergie sexuelle collective pour dépasser les complexes qui entourent l’orgasme féminin. Alors on adhère ou pas, c’est effectivement un exercice peu commun. Mais finalement là n’est pas la question. Ce qui m’interpelle c’est la différence entre le message que passe Betty Dodson et ses actes. Sur son site web, nous pouvons lire :

“Whatever your race, orientation, upbringing, or country of origin, we have wounds to heal. All are welcome.”

“Quelle que soit votre race, votre orientation, votre éducation ou votre pays d'origine, nous avons des blessures à guérir. Tout le monde est la bienvenue.”

Belles paroles soit. Mais à 1200$ la séance (800$ pour les étudiants), il devient clair que seule une certaine élite peut accéder aux ateliers. Et soyons honnête, cette élite est majoritairement formée de femmes blanches CSP++.

Il en va de même pour Isabella Frappier, que nous rencontrons aussi dans The Goop Lab. Elle propose pour 4000$ “un périple de 4 mois” qui aide à retrouver le chemin vers son plaisir. Ce périple propose des sessions vidéo et téléphoniques, des exercices sensuels, des exercices de méditation et... une assistance mail.

En aucun cas je ne veux shamer celleux qui participent à ces workshop, ni shamer celleux qui les organisent.

Mais je trouve dommage que ce soit cette élite qui prenne la parole, que ce soit elle que l’on met en lumière alors que la majorité des femmes ne peut y accéder.

Dans ces cas-là, où se trouve l’entraide? Qu’en est-il de la sororité?

Enfin, j’aimerais vous parler du tantrisme, pratique dont on parle de plus en plus. Je vous invite à regarder l’épisode sur le tantric-sex de la mini-série L’industrie du bien-être, potions et poisons, qui est disponible sur Netflix. Oui Netflix est partout.

Nous y retrouvons David Gordon White, professeur en indologie. (L'indologie est l'étude académique de l'histoire et des cultures, des langues et de la littérature de l'Inde.) Le professeur White parle des dérives du néo tantrisme, pratiqué de nos jours comme une forme de thérapie sexuelle. De fait, le néo tantrisme, (ou tantrisme new-âge), est bien éloigné du tantra, pensées et pratiques religieuses nées en Inde en 500 ap. J-C.

J’aimerais pouvoir vous expliquer en détails les racines du tantra. Malheureusement le sujet est bien trop vaste et trop ancien pour y voir clair.

Au cours de mes recherches, j’ai lu quelques papiers de professeurs en indologie. S’ils sont en désaccord sur de nombreux points, tous sont unanimes et rapportent que le tantra est un ensemble d’exercice rigoureux et difficiles visant à transformer l’Homme. 

Non, ce n’est pas le yoga du sexe, même si certains affirment que quelques rituels sexuels y sont pratiqués. David Gordon White explique que l’approche new-âge du tantrisme voit “une ritualisation de la sexualité, alors que c'est la sexualisation du rituel.”

C’est à cause de cette lecture inexacte du tantra qu’ont émergé certaines dérives. Comme avec Narcis Tarcau, a.k.a. Swami Vivekananda, “professeur-gourou”. Ce dernier pratiquait des ateliers et retraites d'initiation au tantra en Thaïlande, dans l’école Agama. Suite au mouvement #MeToo, 31 femmes sont sorties du silence, l’accusant d’abus sexuels. 

Aujourd’hui, l’école Agama est toujours ouverte.

Attention, je ne dis pas qu’il faut rejeter en bloc le (néo) tantrisme, l’idée que l’on s’en fait dans notre société moderne. Si cette pratique vous aide à guérir, à vous découvrir, à apprendre de belles choses, tant mieux.Ces moments de partage en couple ou entre inconnus, peuvent être très puissants. C’est une énergie particulière qui se forme lors de ces ateliers.

Est-ce qu’il y a de mauvaises manières de s’aimer, de prendre soin de soi? Je ne crois pas. Tant que l’on reste attentif à soi justement. Que l’on ne se perd pas dans un mouvement, que l’on rencontre ceux qui nous écoutent et nous respectent.

Quand on souffre, surtout dans un domaine aussi tabou que le sexe, on cherche des réponses, peu importe la manière et le prix. Et les femmes sont souvent plus fragiles dans un monde ou leur sexualité est souvent vue comme honteuse. Mais c’est justement cette précipitation, ce besoin normal de vivre mieux qui ouvre la porte à de nombreux abus, qu’ils soient physiques ou psychologiques.

Si vous vous sentez perdu.e.s, que cet article résonne tout particulièrement suite à de mauvaises expériences, n’hésitez pas à me contacter.

Je vous laisse, comme d’habitude, mon e-mail : jeannette@point-q.com

Je suis juste à côté !

À très vite,

Jeannette Spectaculaire

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